⛪ L’abbaye Saint-Georges de Rennes
De la fondation ducale du XIᵉ siècle à la dispersion des religieuses en 1792, huit siècles d’histoire, de vie monastique et de pouvoir seigneurial.
Cette synthèse présente les grandes étapes de l’abbaye, ses principales figures, son patrimoine et ses liens avec l’Île-d’Arz.
🏛️ Une fondation ducale
Fondée vers 1032, l’abbaye Saint-Georges de Rennes naît de la volonté du duc Alain III d’établir une communauté bénédictine pour sa sœur Adèle de Bretagne, première abbesse.
Le domaine initial réunit vignes, champs, prairies et moulins près de la Vilaine, à l’est de la ville. Havoise de Normandie et Eudon participent aux premières donations.
Sources :
👥 Une communauté de femmes
Les religieuses suivent la règle de saint Benoît : prière, vie communautaire et obéissance à l’abbesse. L’établissement accueille notamment des femmes issues des familles nobles.
Les dames de chœur, les novices et les sœurs converses occupent des fonctions différentes. La prieure assiste l’abbesse ; la célerière et la sous-célerière veillent à l’approvisionnement matériel.
Sources :
👑 Les abbesses du Moyen Âge
Après Adèle de Bretagne, les notices citent notamment Hodierne de Dinan, Adèle II, Adélaïde de Mathefelon et Étiennette de Tinténiac.
Alix de Champagne, Agnès et Guyotte d’Erbrée, Catherine de Mathefelon puis Julienne du Guesclin, sœur du connétable, illustrent les liens du monastère avec les grandes familles. Les anciens catalogues divergent sur certaines successions.
Sources :
🔥 Des destructions aux restaurations
Le monastère subit le pillage et l’incendie lors des guerres des Plantagenêts, en 1183 selon le récit du cartulaire. Les reconstructions se poursuivent grâce aux donations et à l’action des abbesses.
Aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, plusieurs familles contribuent au relèvement de Saint-Georges. Au XVᵉ siècle, l’extension des fortifications de Rennes empiète sur ses terrains et entraîne de nouvelles pertes.
Sources :
📜 Les réformes de la vie religieuse
À la fin du Moyen Âge et au XVIᵉ siècle, les élections contestées et les résistances à la discipline compliquent le gouvernement de l’abbaye.
Françoise d’Espinay restaure plusieurs bâtiments. Christine Toustain et Jeanne de La Primaudaye tentent de rétablir une observance plus stricte. Marquize de Beaucaire, puis les abbesses de La Fayette, consolident la réforme.
👩 Les deux abbesses de La Fayette
Françoise de La Fayette dirige l’abbaye de 1609 à 1663. Sa nièce Magdelaine, coadjutrice depuis 1652, lui succède en 1663 et gouverne jusqu’en 1688.
Magdelaine fait reconstruire le grand corps de logis. Son nom monumental sur la façade rappelle cette entreprise. Marguerite du Halgouët et Élisabeth d’Alègre poursuivent ensuite les aménagements de l’ensemble abbatial.
🏛️ Le palais abbatial de 1670
Les premières pierres du grand bâtiment sont posées le 24 mars 1670 par l’évêque de Rennes et l’abbesse Magdelaine de La Fayette. La reconstruction est attribuée à Pierre Corbineau.
Le récit ancien décrit une façade à deux pavillons, une toiture à la Mansart et dix-neuf arcades. Le fronton associe les armes de Bretagne aux figures de la Justice et de la Paix.
⛪ L’église et les bâtiments disparus
L’ancienne église abbatiale comprenait une nef, des collatéraux, un transept et une abside avec déambulatoire. Une partie était réservée au service de la paroisse Saint-Pierre-en-Saint-Georges.
Au nord du grand corps de logis se trouvaient le cloître, les dortoirs, le réfectoire, la bibliothèque, l’infirmerie et la salle du chapitre. Le palais conservé ne représente donc qu’une partie de l’ancien monastère.
🗺️ Un patrimoine étendu en Bretagne
Les dépendances comprennent notamment Tinténiac, La Chapelle-Janson, Saint-Georges-de-Gréhaigne, Saint-Séglin, Pleubian, Plougasnou et l’Île-d’Arz, ainsi que des biens ou revenus dans de nombreuses paroisses.
À Rennes et dans ses environs figurent des maisons, les moulins de la Poissonnerie et de Saint-Hélier, la métairie du Petit-Paris et le domaine du Feu, à Liffré. L’aveu de 1665 en décrit une grande partie.
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🏝️ Le lien avec l’Île-d’Arz
Une donation d’Alain III attribue à Saint-Georges la moitié de l’Île-d’Arz. Le cartulaire situe cet acte vers 1034. L’autre moitié relève de Saint-Gildas de Rhuys.
En 1665, Saint-Georges y déclare un prieuré, une métairie, des terres et prairies, un moulin à vent, un colombier et des îlots voisins. S’y ajoutent rentes, terrage et justice. Ce passage ne nomme ni toutes les parcelles ni le moulin.
🌾 Les ressources de l’abbaye
Les revenus proviennent des loyers et fermages, des rentes, des dîmes, des moulins et de divers prélèvements. Les dîmes portent sur une part des productions ; le terrage est une redevance foncière prélevée sur les récoltes.
L’abbaye reçoit aussi le droit d’hesmage sur certaines cargaisons de la Loire. Ces recettes financent la communauté, mais également les réparations, les aumônes et l’entretien de desservants religieux.
⚖️ Une puissance seigneuriale
L’abbaye exerce des droits de justice, de patronage d’églises et de perception de redevances. À Rennes, elle bénéficie notamment d’une part du minage et de droits liés à la foire de la Mi-Carême.
L’abbesse nomme des officiers chargés de la justice et de la gestion des fiefs. Une terre relevant de sa seigneurie peut appartenir à un tenancier : dépendance féodale et propriété directe doivent être distinguées.
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🐎 Des obligations parfois singulières
Les vassaux du Chesnay et d’Épinay doivent transporter du bois ; ceux de la Pavaye fournissent des pots de terre. Les droits forestiers contribuent au chauffage et à l’entretien des bâtiments.
Le fief au Cheval doit fournir à l’abbesse une haquenée blanche équipée pour visiter ses prieurés, une fois durant son gouvernement. Le récit signale la suppression de cette obligation après la réforme du XVIᵉ siècle.
📅 1792 : la fin de la communauté
Julie Bareau de Girac, nommée en 1779, est la dernière abbesse. Pendant la Révolution, les religieuses résistent aux mesures qui leur sont imposées.
L’abbaye est évacuée le 15 mai 1792, après un arrêté autorisant le recours à la force. Les sœurs sont transférées chez les dames Budes ; la communauté se disperse ensuite. Les bâtiments deviennent une caserne.
📖 Du monastère au patrimoine rennais
Après la période militaire, le palais connaît de nouvelles affectations. Un grave incendie, dans la nuit du 5 au 6 août 1921, endommage profondément le bâtiment, qui est ensuite restauré.
Le nom de Magdelaine de La Fayette, la façade monumentale et les jardins entretiennent la mémoire de l’abbaye. Son cartulaire, recueil de copies de chartes, éclaire ses donations, ses biens, ses droits et ses relations avec l’Île-d’Arz.
