🪶 Lettre à mes neveux sur la chouannerie — Julien Guillemot

Publié en 1859 par le fils de Pierre Guillemot, cet ouvrage associe souvenirs familiaux, témoignage politique et documents sur la chouannerie du Morbihan, des troubles révolutionnaires aux engagements légitimistes des années 1830.

Une présentation de son contenu, de son intérêt pour Bignan et ses environs, et des précautions nécessaires à sa lecture historique.

📖 La référence de l’ouvrage

Julien Guillemot, Lettre à mes neveux sur la chouannerie, Nantes, imprimerie Félix Masseaux, 1859, 299 pages.

Le titre original emploie « Lettre » au singulier. La page de titre porte « Par M. J. Guillemot ». Il s’agit d’un récit de souvenirs et de documents consacré principalement à la chouannerie du Morbihan.

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✍️ Julien, fils de Pierre Guillemot

L’auteur est Julien Guillemot (1786-1866), fils de Pierre Guillemot, connu comme le « Roi de Bignan ».

Enfant au début des troubles révolutionnaires, Julien devient ensuite lui-même un acteur de la cause royale. Son livre associe les souvenirs de son enfance, l’histoire des combats de son père et le récit de ses engagements ultérieurs.

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👨‍👩‍👦 Une transmission familiale

Le texte est adressé aux neveux de l’auteur, petits-enfants de Pierre Guillemot. Julien entend leur transmettre l’histoire de leur grand-père et les fidélités politiques et religieuses de leur famille.

Dans l’avant-propos, il indique que ces notes n’étaient pas destinées à la publication et qu’il a accepté de les faire imprimer à la demande de ses neveux.

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🗣️ Défendre une mémoire contestée

Dès les premières pages, Julien critique vivement la Biographie bretonne de Prosper Levot et discute également les récits de Théodore Muret.

Son objectif est de corriger ce qu’il considère comme des erreurs sur son père et les officiers royalistes. Cette volonté de réhabilitation commande tout le récit : l’ouvrage est aussi une intervention dans les débats historiques du XIXe siècle.

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🧭 Un récit qui dépasse la Révolution

Le parcours s’étend des premières tensions révolutionnaires aux engagements légitimistes des années 1830. Il aborde les combats des années 1790, les poursuites et l’exil, la mort de Pierre Guillemot en 1805, la campagne de 1815 et les événements de 1830-1832.

Les dernières pages évoquent encore 1833. Le livre ne se limite donc pas à la biographie du père.

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🗺️ Bignan au cœur du territoire

Bignan et ses environs occupent une place centrale, avec Saint-Jean-Brévelay, Plumelec, Guéhenno, Moréac, Locminé et les campagnes voisines.

Le récit s’ouvre aussi sur Vannes, Auray, Quiberon, les autres divisions du Morbihan et les relations avec l’Angleterre. Il permet de suivre les liens entre un territoire rural, les côtes et les réseaux de l’émigration.

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⛪ 1790-1793 : les tensions religieuses

Julien présente la rupture religieuse comme une cause essentielle du soulèvement : Constitution civile du clergé, serment des prêtres, remplacement des ecclésiastiques réfractaires et poursuites.

Il insiste aussi sur l’action des autorités et du club révolutionnaire de Vannes. Il faut lire ces pages comme son interprétation engagée des origines du conflit, et vérifier séparément les mesures législatives qu’il résume.

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⚔️ 1793 : l’affaire du Collédo

Aux pages 16 et 17, l’auteur raconte la délivrance de l’abbé Le Clerc, arrêté par les républicains. Il situe l’attaque sur la route de Saint-Jean-Brévelay à Josselin, entre le bois du Colledo et la chapelle de Kerlen.

Il attribue l’initiative à son père et date le combat du 8 septembre 1793. Le prêtre, blessé, serait mort trois semaines plus tard. Cette date est celle donnée par Guillemot ; elle doit être confrontée aux autres sources.

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📍 Des hommes de Saint-Allouestre

Dans sa liste des participants au combat, Julien cite Pierre Jossic et Vincent Le Lem, de Saint-Allouestre, selon la transcription numérique consultée.

Cette mention constitue une piste précise pour une recherche locale. L’orthographe des noms doit être contrôlée sur l’image imprimée, puis rapprochée des registres paroissiaux, de l’état civil et des dossiers militaires, avant toute identification généalogique.

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🏠 Une famille dans la clandestinité

Après le récit du Collédo, Julien décrit la fuite de sa famille, les refuges et la séparation provoquée par les recherches dirigées contre son père.

Ces souvenirs montrent comment la guerre atteint les proches : déplacements, nuits hors du domicile, accueil chez des voisins et inquiétude permanente. L’histoire militaire devient ici celle d’une famille dépendante des solidarités rurales.

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🪖 Des divisions largement autonomes

Julien insiste sur la diversité des divisions et des cantons. Selon lui, leurs chefs recrutent, organisent et dirigent leurs hommes avec une grande autonomie.

Il distingue notamment Bignan, Auray, Melrand, Ploërmel, la Trinité-Porhoët et le secteur de la Vilaine. Son témoignage invite à ne pas imaginer une armée chouanne constamment réunie, soumise à un commandement unique et agissant partout de concert.

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🌊 1795 : Quiberon et les désaccords

Le livre consacre de longs développements à l’expédition de Quiberon, aux secours britanniques et aux relations entre chouans et émigrés.

Julien discute les responsabilités des chefs, les mouvements des troupes et les conséquences de l’échec. Ses appréciations sur Puisaye, les commandants émigrés et les décisions militaires éclairent les tensions du camp royaliste, mais demandent une comparaison avec d’autres témoignages.

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🔥 1799-1800 : reprise puis pacification

Le récit suit les nouvelles prises d’armes, l’attente de secours, les négociations et la pression exercée par le pouvoir de Bonaparte.

Il expose les hésitations entre poursuite de la guerre et accord avec les autorités, ainsi que les opérations dans le Morbihan. La pacification militaire ne signifie pas, pour tous les chefs, la disparition immédiate des réseaux ni l’abandon de leurs fidélités.

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🕯️ 1805 : la mort de Pierre Guillemot

Julien raconte l’arrestation, le jugement et l’exécution de son père. Il rapporte que Pierre, blessé, est jugé le 3 janvier 1805, puis fusillé le 4 janvier à la Garenne, à Vannes.

Ce passage forme un moment majeur de la mémoire familiale. La description de ses dernières paroles et de sa piété relève du récit transmis par son fils ; Julien n’assiste pas lui-même à l’exécution.

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⛵ L’exil et les réseaux royalistes

Les îles Anglo-Normandes et l’Angleterre apparaissent comme des refuges, des lieux de réunion et des relais pour les officiers royalistes.

L’auteur décrit les déplacements, les secours et les relations entretenues entre exilés. L’insurrection morbihannaise appartient ainsi à un espace plus vaste : ses chefs dépendent aussi des communications maritimes, des décisions des princes et des soutiens extérieurs.

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⚜️ 1815 : Julien devient acteur

Avec les Cent-Jours, le récit porte sur un engagement auquel Julien prend directement part. Il décrit la mobilisation, les commandements, les opérations et les difficultés de ravitaillement.

Après le retour de Louis XVIII, il évoque aussi les grades, les pensions et les déceptions des anciens officiers. Le livre montre que la victoire politique des Bourbons ne satisfait pas toutes les attentes de ceux qui les ont soutenus.

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📜 1830-1833 : une fidélité persistante

Julien rejette le changement de dynastie de 1830 et revient sur les réseaux légitimistes, les poursuites, son emprisonnement et son évasion de 1832.

Il raconte également la tentative de soulèvement liée à la duchesse de Berry. Une proclamation de juillet 1833, reproduite à la fin du volume, relie explicitement les royalistes de Bignan à leurs engagements commencés quarante ans auparavant.

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🤝 Les principaux personnages

Pierre Guillemot domine le récit des premières guerres. Georges Cadoudal, Puisaye, Mercier dit la Vendée, Jean Jan, Jean Rohu et Desol de Grisolles interviennent dans l’histoire des divisions et du commandement.

Les princes et la duchesse de Berry occupent une autre place : ils incarnent la légitimité dynastique. Les jugements de Julien sur chacun doivent être rapportés à ses fidélités et à ses désaccords.

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🌿 Kerhors et les villages de Bignan

Le texte cite Kerhors, notamment avec le Roc et Talgoët, lors d’un séjour de Cadoudal auprès de Pierre Guillemot, puis dans un épisode de poursuite raconté par Julien.

Ces mentions intéressent l’histoire des circulations, des refuges et des relations locales. Elles attestent la présence du village dans le récit, mais ne suffisent pas à identifier tous ses habitants ni à reconstituer l’histoire d’une maison.

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🔎 Souvenirs et documents réunis

Julien mêle souvenirs personnels, informations reçues, récits d’autres acteurs, lettres, ordres, proclamations et pièces relatives aux services des officiers.

Chaque passage ne possède donc pas le même statut. Pour l’étudier, il faut distinguer ce qu’il a vu, ce qu’on lui a raconté, les pièces qu’il reproduit et les conclusions qu’il en tire. Une pièce citée doit aussi être recherchée dans son contexte original.

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⚖️ Un témoignage à lire avec recul

L’auteur revendique son attachement au catholicisme et aux Bourbons. Il valorise les siens et emploie souvent un vocabulaire hostile aux révolutionnaires et à leurs successeurs.

Le recul de plusieurs décennies, son jeune âge lors des premiers événements et la défense de sa famille imposent de recouper les dates, les effectifs, les pertes, les responsabilités et les paroles rapportées. Sa proximité avec les acteurs enrichit le témoignage sans garantir chaque détail.

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🗄️ Comment vérifier et approfondir

Les archives administratives et judiciaires de la série L permettent de confronter le récit aux documents de 1790-1800.

Pour les personnes, les dossiers de pensions et de secours aux anciens chouans, notamment en sous-série 3 R, complètent les registres paroissiaux et l’état civil. Les archives privées et les autres témoignages peuvent éclairer les épisodes, les noms et les divergences de chronologie.

Sources :

💡 Ce que l’ouvrage permet de comprendre

Le livre montre comment un engagement politique et religieux s’enracine dans les familles, les paroisses et les relations de voisinage, puis se transmet d’une génération à l’autre.

Il éclaire aussi les divisions du camp royaliste et la mémoire de ses sacrifices. Son apport majeur est de faire entendre la manière dont un acteur veut raconter et faire reconnaître son histoire, tout particulièrement autour de Bignan.

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📚 Lire et citer l’ouvrage

Référence à reprendre : Julien Guillemot, Lettre à mes neveux sur la chouannerie, Nantes, imprimerie Félix Masseaux, 1859, 299 p.

Pour citer un passage, utilisez la pagination imprimée de l’édition de 1859. La transcription automatique facilite les recherches, mais peut déformer les patronymes, les lieux, les chiffres et les dates : contrôlez toujours la page numérisée avant une transcription exacte.

Sources :