⚕️ Les médicaments prescrits à Pierre Guillemot

Lors de sa détention à la prison de Vannes, après son arrestation dans les environs de Plaudren en 1804.

Texte de Yann Petit-Pierre — présentation adaptée pour le site et révision éditoriale.

Le document étudié

Dans son livre Le Royaume de Bignan, publié pour la première fois en 1913, Jules Le Falher reproduit en fin d’ouvrage un « État des médicaments » fournis au dénommé Guillemot, sur l’ordre du général Boyer, par Brunet, pharmacien à Vannes.

Le texte de Yann Petit-Pierre mentionne la référence « Archives départementales, M.18 ». Cette indication est reprise telle qu’elle apparaît dans le document et reste à préciser.

Cette liste permet d’approcher les pratiques pharmaceutiques du début du XIXe siècle.

Un prisonnier gravement blessé

Pierre Guillemot, chef chouan surnommé le « roi de Bignan », est emprisonné à Vannes en décembre 1804, après son arrestation dans les environs de Plaudren.

Selon les récits évoqués dans l’étude, il présente dix-sept blessures.

Les produits délivrés associent des pansements, des préparations appliquées sur la peau, des potions, des tisanes et différents remèdes destinés à soulager le prisonnier.

Comprendre les prescriptions

Que désignent les termes employés par les pharmaciens de cette époque ? Quelles préparations se cachent derrière ces appellations ?

Yann Petit-Pierre propose d’en expliquer les compositions et les usages historiques.

Les formules présentées sont celles rapportées ou rapprochées des prescriptions dans son étude. Elles ne permettent pas toujours d’établir la composition exacte des produits délivrés par Brunet.

Ces recettes sont présentées comme des documents historiques, et non comme des préparations à réaliser ou des conseils de traitement.

Les prescriptions, jour après jour

Les délivrances s’échelonnent sur les mois de frimaire et de nivôse de l’an XIII de la République.

26 frimaire — Tamarin et antimoine

Prescription rapportée : « 2 tamarins avec un grain de tartrite d’antimoine de potasse ».

Le tamarinier appartient à la famille des Fabacées. La pulpe de ses fruits était utilisée pour ses propriétés laxatives. L’auteur rappelle qu’une spécialité appelée Tamarine en contenait.

Le tartrate d’antimoine et de potassium, également connu sous le nom de tartre émétique, était employé comme vomitif ou purgatif.

Le grain est une ancienne unité de masse : dans le système du poids de marc, il représente environ 53 mg.

Anecdote rapportée : les « pilules perpétuelles » étaient de petites billes d’antimoine récupérées après leur passage dans le corps. Elles pouvaient être réutilisées et même transmises en héritage.

La quantité désignée par « 2 tamarins » n’est pas explicitée dans le document fourni.

27 frimaire — Les emplâtres

Prescription rapportée : quatre emplâtres agglutinatifs.

L’agglutination désigne ici le rapprochement des parties d’une plaie. Les emplâtres avaient donc une fonction de maintien ou de pansement.

Le texte évoque deux formules : celle d’André de la Croix et celle de Bavière.

Yann Petit-Pierre retient, à titre d’interprétation, l’emplâtre de Bavière.

Composition citée :

  • Minium.
  • Huile d’olive.
  • Cire jaune.
  • Colophane.
  • Térébenthine de Bordeaux.

L’identification de la formule réellement utilisée par Brunet reste à confirmer.

27 frimaire — Tisane et potion

Prescriptions rapportées : deux pintes de tisane laxative avec mauve et une potion anodine et calmante.

L’auteur suppose que la tisane pouvait contenir du séné, associé à la mauve et à ses mucilages. La présence du séné n’est toutefois pas établie par le seul intitulé.

Une potion est une préparation liquide destinée à être ingérée. Le qualificatif « anodine » renvoie ici à l’apaisement de la douleur.

Formule citée :

  • Sirop d’opium : 10 g.
  • Eau de fleur d’oranger : 20 g.
  • Eau de tilleul : 120 g.

Cette préparation illustre l’emploi de l’opium dans les remèdes calmants de l’époque.

28 frimaire — La tisane pectorale

Prescription rapportée : deux pintes de tisane pectorale édulcorée.

Le mélange décrit comprend :

  • Mauve.
  • Guimauve.
  • Pied-de-chat.
  • Tussilage.
  • Coquelicot.
  • Violette.
  • Bouillon-blanc.

L’étude présente le sirop de mou de veau comme édulcorant possible de cette tisane.

Le document initial indique « an XII » pour cette journée. « An XIII » est retenu ici pour respecter la continuité chronologique de la liste.

Le sirop de mou de veau

Yann Petit-Pierre reproduit la composition suivante pour le sirop évoqué à propos de la tisane pectorale :

  • Mou de veau : 1 000 g.
  • Dattes : 150 g.
  • Jujubes : 150 g.
  • Raisins secs : 150 g.
  • Réglisse : 50 g.
  • Consoude : 50 g.
  • Pulmonaire : 150 g.
  • Sucre : 2 000 g.
  • Eau : 2 000 g.

La composition associe ainsi un produit d’origine animale, plusieurs végétaux et une importante quantité de sucre.

Le libellé « tisane pectorale édulcorée » ne suffit pas, à lui seul, à confirmer l’emploi de ce sirop dans la délivrance faite à Guillemot.

28 frimaire — Huile et eau de Goulard

Prescriptions rapportées : une chopine d’huile d’olive et une pinte d’eau végéto-minérale.

L’auteur évoque l’emploi laxatif de l’huile d’olive. La voie d’administration n’est cependant pas précisée dans l’extrait.

L’eau végéto-minérale est rapprochée de l’eau de Goulard, une lotion contenant du plomb.

Composition citée :

  • Sous-acétate de plomb : 15 g.
  • Alcool à 80° : 50 g.
  • Eau de rivière : 935 g.

Les qualificatifs anciens « dessiccatif » et « résolutif » renvoient aux effets alors recherchés sur les lésions et les engorgements.

29 frimaire — Le looch blanc

Prescriptions rapportées : deux pintes de tisane pectorale, quatre digestifs composés et une chopine de looch blanc suivant le Codex de Paris.

La composition des « digestifs composés » n’est pas identifiée dans l’étude. Ce terme ancien ne suffit pas à en déduire un usage digestif.

Un looch est une préparation sirupeuse associant notamment une émulsion et un mucilage. Le looch blanc est également appelé amygdalin.

Formule reproduite dans le texte :

  • Amandes amères mondées : 40 g.
  • Amandes douces : 40 g.
  • Sucre blanc : 30 g.
  • Gomme adragante : 0,5 g.
  • Eau de fleur d’oranger : 10 g.
  • Eau distillée : 39,5 g.

La transcription de cette formule, notamment les quantités d’amandes et d’eau, doit être contrôlée dans l’ouvrage cité.

30 frimaire — Fomentations

Prescription rapportée : une pinte de fomentation aromatique et spiritueuse.

Les fomentations sont des préparations liquides dont on imbibe des compresses appliquées sur les parties malades.

Elles peuvent notamment prendre la forme d’infusions, de décoctions ou de préparations alcooliques.

Le mélange aromatique décrit dans l’étude comprend :

  • Thym et serpolet.
  • Romarin et hysope.
  • Origan et absinthe.
  • Menthe.

L’auteur rapproche cette préparation des soins apportés aux plaies du prisonnier.

30 frimaire — Le genièvre

Prescription rapportée : des « bayes de genièvre pour fumigation ».

Le mot « bayes » correspond à l’ancienne graphie de « baies ».

Les baies du genévrier sont des cônes charnus, de forme arrondie, contenant des substances aromatiques.

Le document les mentionne pour des fumigations, pratique consistant à exposer une personne ou un lieu à des fumées ou à des vapeurs.

Yann Petit-Pierre rappelle également leur emploi culinaire, notamment dans la préparation de la choucroute.

1er nivôse — Le sparadrap

Prescriptions rapportées :

  • Une potion anodine et calmante.
  • Une aune de sparadrap.
  • Une pinte de tisane laxative avec mauve.

La potion et la tisane reprennent des remèdes déjà cités.

Le sparadrap désigne alors une toile de chanvre ou de lin, un tissu de soie, voire du papier, enduit d’une préparation destinée aux pansements.

Sa délivrance à l’aune indique une longueur de matériau.

À titre de repère, l’aune de Paris vaut environ 1,19 m. Les anciennes mesures pouvaient toutefois varier selon les lieux.

2 nivôse — L’alcool vulnéraire

Prescriptions rapportées :

  • Une pinte d’alcool vulnéraire affaibli.
  • Une potion anodine et calmante.
  • Une pinte de tisane laxative avec mauve.

Dans le vocabulaire ancien, « vulnéraire » désigne un remède destiné au soin des blessures.

Le texte annonce une formule d’alcoolat vulnéraire tirée du Codex de 1818, mais cette formule n’apparaît pas dans le fichier transmis.

La référence de 1818 est postérieure aux soins de 1804-1805. Elle éclaire le vocabulaire sans établir, à elle seule, la composition utilisée par Brunet.

3 nivôse — Le looch huileux

Prescription rapportée : une chopine de looch huileux avec « onide d’antimoine sulfuré rouge ».

Formule citée pour le looch :

  • Huile d’amande douce : 15 g.
  • Gomme arabique pulvérisée : 15 g.
  • Sirop de gomme : 30 g.
  • Eau de fleur d’oranger : 15 g.
  • Eau distillée : 75 g.

Yann Petit-Pierre propose de lire « oxyde » à la place d’« onide ». L’identification exacte du composé d’antimoine demeure incertaine.

Il évoque des usages anciens expectorants ou émétiques, selon les doses.

Les baies de genièvre et la tisane pectorale sont également mentionnées pour cette journée, sans quantités détaillées dans le texte fourni.

4 nivôse — Prune et quinquina

Prescriptions rapportées :

  • « 1 prune Sainte-Catherine ».
  • Une pinte de vin de quinquina.
  • Une pinte de tisane laxative avec mauve.

La Sainte-Catherine est décrite comme une ancienne variété de prune aux fruits allongés, jaune doré et parfois tachés de rouge. L’auteur la rapproche des remèdes laxatifs.

Le quinquina appartient à la famille des Rubiacées. Ses écorces entraient dans des préparations employées comme fébrifuges et toniques.

Dans ce contexte, Yann Petit-Pierre interprète le vin de quinquina comme un tonique.

Le mode de préparation annoncé dans le document n’est pas présent dans le fichier joint.

5 nivôse — Plusieurs préparations

Prescriptions rapportées :

  • Trois grains de tartrite d’antimoine de potasse.
  • Une pinte de fomentation aromatique et spiritueuse.
  • Une pinte de tisane laxative avec mauve.
  • Une chopine de looch blanc.
  • Deux pintes de fomentations toniques.

La plupart de ces préparations ont déjà été évoquées.

L’auteur s’interroge sur l’expression « fomentations toniques » et propose un rapprochement avec les fomentations aromatiques.

Cette interprétation reste une hypothèse. Le mot isolé « pin », placé après « spiritueuse » dans le fichier initial, n’est pas interprété ici.

6 nivôse — L’eau-de-vie camphrée

Prescriptions rapportées : des baies de genièvre pour fumigations et une pinte d’eau-de-vie camphrée.

Composition citée :

  • Camphre : 25 g.
  • Alcool à 60° : 975 g.

Le texte rappelle les emplois externes anciens de cette préparation pour les contusions et les douleurs.

Les fumigations de genièvre avaient déjà été mentionnées le 30 frimaire.

Du 7 au 14 nivôse

Selon Yann Petit-Pierre, les médicaments délivrés les 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14 nivôse reprennent les préparations précédentes.

Une nouveauté apparaît le 14 nivôse : un gros d’ammoniaque.

L’auteur rappelle différents emplois anciens de l’ammoniaque : applications vésicatoires ou rubéfiantes, inhalations lors de syncopes et divers usages internes.

Ces indications sont rapportées comme des pratiques historiques.

Le détail journalier des délivrances du 7 au 14 nivôse n’est pas reproduit dans le fichier fourni.

Les anciennes mesures

  • Grain : environ 53 mg dans le système du poids de marc.
  • Scrupule : 24 grains, soit environ 1,27 g.
  • Gros : trois scrupules, soit 72 grains et environ 3,82 g.
  • Pinte de Paris : environ 0,93 litre.
  • Chopine de Paris : une demi-pinte, soit environ 0,47 litre.
  • Aune de Paris : environ 1,19 m.

La mention initiale « un peu moins de 2 grammes » pour le gros est incompatible avec les équivalences données dans le texte ; elle est corrigée ici.

Ces valeurs sont des repères : elles ne garantissent pas l’étalon effectivement employé à Vannes.

Le vocabulaire pharmaceutique

  • Anodin : destiné à apaiser la douleur.
  • Émétique : qui provoque le vomissement.
  • Fébrifuge : employé pour combattre la fièvre.
  • Vulnéraire : destiné au soin des blessures.
  • Fomentation : préparation liquide appliquée au moyen de compresses.
  • Looch : préparation sirupeuse associant notamment une émulsion et un mucilage.
  • Codex : recueil de référence décrivant des substances et des préparations pharmaceutiques.

Ces définitions permettent de lire les prescriptions dans leur contexte historique.

La conclusion de Yann Petit-Pierre

Malgré les traitements reçus, Pierre Guillemot demeure, selon le récit de l’étude, dans un état très dégradé lors de son jugement, le 4 janvier 1805.

Le chirurgien Mesny serait intervenu deux fois par jour pour les pansements et les soins. Guillemot est fusillé le 5 janvier 1805, assis sur une chaise, son état ne lui permettant pas de se tenir debout.

Pour l’auteur, ces prescriptions illustrent les moyens thérapeutiques de l’époque : traiter les blessures, apaiser la douleur et répondre à des troubles supposés digestifs ou respiratoires.

La liste des médicaments ne suffit cependant pas à établir un diagnostic précis ni à mesurer leur efficacité.

Cette étude met en lumière la place de l’opium, de l’antimoine, du plomb, des préparations végétales et des pansements dans la pharmacie ancienne. Elle souligne également l’évolution considérable des connaissances médicales depuis deux siècles.

Bibliographie et sources

Références citées par Yann Petit-Pierre :

  • Dorvault, L’Officine, éditions Vigot. Édition et pagination non précisées dans le document.
  • Jules Le Falher, Le Royaume de Bignan, première publication indiquée en 1913. Réédition Laffitte Reprints citée dans le texte.
  • Le Code des médicaments, édition de 1818, également désignée comme « Codex de 1818 » dans l’étude.
  • Archives départementales, « M.18 » : référence rapportée dans l’étude, à compléter avant consultation.

Repère complémentaire pour les poids :

A. L. Ramel, Système métrique, ou Instruction abrégée sur les nouvelles mesures, consultable dans la bibliothèque numérique du Conservatoire national des arts et métiers.

Consulter l’ouvrage sur les anciennes mesures

Note sur la présentation du texte

Cette version reprend l’étude de Yann Petit-Pierre en organisant les prescriptions chronologiquement.

L’orthographe, la ponctuation et la présentation ont été harmonisées. La mention « an XIII » a été retenue pour le 28 frimaire et la conversion du gros a été corrigée.

Les identifications incertaines et les compositions proposées par rapprochement sont signalées comme telles.

Les illustrations et les formules annoncées mais absentes du fichier transmis n’ont pas été reconstituées.

Une vérification dans les ouvrages et les archives cités reste nécessaire pour établir une édition critique complète du document.