✝️ Le clergé face à la Révolution et à la Chouannerie
Dans le Morbihan, la question religieuse joue un rôle majeur dans la rupture entre une partie de la population et les autorités révolutionnaires. Le refus du serment, le remplacement des prêtres et la répression bouleversent la vie des paroisses.
Le clergé ne forme cependant pas un ensemble unanime : certains prêtres acceptent les réformes, d’autres les refusent, poursuivent leur ministère clandestinement ou accompagnent les insurgés.
Pour comprendre leur comportement, il faut distinguer les convictions religieuses, les choix politiques, les activités pastorales et la participation à l’insurrection. Ces attitudes évoluent aussi selon les périodes.
De l’espoir de réforme à la division du clergé
La rupture n’est pas immédiate en 1789. Elle se creuse surtout avec la réorganisation de l’Église et l’obligation de serment.
📜 Un clergé d’abord ouvert aux changements
1789–1790 — Des attitudes qui évoluent
Une partie du bas clergé breton accueille favorablement les premiers changements révolutionnaires. L’hostilité à la Révolution n’est donc pas une position partagée dès l’origine par tous les prêtres.
Le basculement se produit progressivement, lorsque les réformes touchent l’organisation de l’Église et l’autorité religieuse. La contestation des prêtres rencontre alors les mécontentements des communautés rurales.
⚖️ Le serment, point de rupture
1790–1791 — Une Église divisée
La Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 réorganise l’Église de France. Le décret du 27 novembre 1790 impose un serment aux ecclésiastiques concernés.
Les prêtres qui l’acceptent sont appelés constitutionnels ou assermentés. Ceux qui le refusent sont dits réfractaires ou insermentés. La condamnation pontificale de 1791 accentue cette division.
🗺️ Un refus massif dans le Morbihan
1791 — Une forte particularité locale
Les Archives départementales indiquent que 48 prêtres sur 454 prêtent serment dans le Morbihan, selon le décompte présenté dans leur dossier.
Ce refus très majoritaire explique l’ampleur locale de la crise. Il exprime d’abord une opposition à la réorganisation religieuse : il ne suffit pas, à lui seul, à démontrer une participation personnelle à la lutte armée.
Dans le Morbihan : refus, ralliement et clandestinité
Les situations locales montrent des parcours différents, depuis l’opposition épiscopale jusqu’au maintien du culte par des prêtres constitutionnels ou clandestins.
⛪ Mgr Amelot et la mobilisation de 1791
Vannes — Février 1791
D’abord favorable au nouveau régime, Mgr Amelot, évêque de Vannes, s’oppose à l’obligation de serment.
La rumeur de son emprisonnement contribue à mobiliser les campagnes. Le 13 février 1791, des paysans marchant vers Vannes sont dispersés au Liziec. Cet épisode précède la chouannerie organisée.
🕯️ Les prêtres constitutionnels restent croyants
Vannes — L’exemple de Jacques-Adrien Launay
Accepter le serment ne signifie pas renoncer au catholicisme. À Vannes, Jacques-Adrien Launay, prêtre assermenté, participe au maintien du culte dans la cathédrale avant l’arrivée de l’évêque constitutionnel Charles Le Masle.
Nommé vicaire épiscopal en 1791, puis aumônier d’hôpital, Launay est pourtant emprisonné en 1794 pour n’avoir pas déposé ses lettres de prêtrise. Son parcours montre la complexité des engagements.
🏡 Se cacher chez les paroissiens
Familles et communautés rurales
Selon les Archives du Morbihan, plus de 250 prêtres se cachent dans leur famille ou chez des paroissiens pendant la période révolutionnaire.
Ces refuges manifestent la solidarité des fidèles envers leur clergé. Pour apprécier le rôle de chaque prêtre, il faut toutefois distinguer la protection d’un ministre du culte et l’aide à une organisation insurgée.
Les relations entre les prêtres et les chouans
Le soutien religieux peut prendre plusieurs formes : influence sur les fidèles, accompagnement des combattants ou poursuite d’un ministère auprès des populations.
🗣️ Une influence sur les communautés
De la contestation religieuse à l’opposition politique
Le refus du serment par les curés contribue à éloigner certaines paroisses de la Révolution. Les prêtres donnent une interprétation religieuse des événements qui peut renforcer les oppositions déjà présentes.
Dans l’analyse de Jacques Sotéras, cette évolution rencontre des revendications rurales économiques et politiques. La mobilisation ne résulte donc pas uniquement des consignes du clergé.
✝️ Des prêtres auprès des compagnies chouannes
Nord-est du Morbihan et division de Saint-Méen
Certaines compagnies disposent de l’appui de prêtres réfractaires. L’étude de la division de Saint-Méen cite l’abbé du Noday auprès de Saint-Régent et Augustin Le Moine auprès de la compagnie du chevalier de Troussier.
Prières, cantiques et chants religieux accompagnent les combattants. Ces exemples établissent une présence ecclésiastique auprès de groupes insurgés, sans permettre de l’étendre à l’ensemble du clergé réfractaire.
🕊️ Pierre-René Rogue : le ministère clandestin
Vannes — 1758–1796
Le prêtre lazariste Pierre-René Rogue refuse le serment et poursuit son ministère clandestinement à Vannes. Il est arrêté le 24 décembre 1795, alors qu’il porte la communion à un mourant.
Condamné le 2 mars 1796, il est guillotiné le lendemain. La présentation du diocèse insiste sur son activité pastorale et son attitude de pardon. Son cas rappelle qu’un prêtre réfractaire peut être poursuivi dans l’exercice de son ministère.
Répression, évolutions et recherche d’un apaisement
Les politiques religieuses changent au cours de la Révolution. Le Concordat ouvre ensuite une nouvelle étape dans les relations entre l’Église et l’État.
⚠️ Une répression qui touche les deux clergés
Des situations différentes selon les années
Les prêtres réfractaires connaissent, selon les périodes et les situations, l’exil, la déportation, l’emprisonnement ou l’exécution.
Les constitutionnels, d’abord reconnus par les autorités, sont eux aussi touchés par la répression antireligieuse à partir de 1793. L’acceptation du serment ne leur garantit donc pas une protection durable.
À la veille du Concordat, les deux groupes restent présents, mais profondément éprouvés et divisés.
🤝 Le Concordat : accepter un nouveau cadre
1801–1802 — Réorganisation et pacification religieuse
Le Concordat du 15 juillet 1801, mis en application en 1802, organise les relations entre le gouvernement français et le Saint-Siège.
Il prévoit l’exercice public du culte catholique, une nouvelle organisation des diocèses et la rémunération des évêques et des curés. Le clergé doit aussi prêter fidélité au gouvernement établi.
Cet accord permet une réconciliation institutionnelle, sans rétablir l’Église d’Ancien Régime. Il contribue à l’apaisement religieux recherché dans l’Ouest.
🔎 Comment apprécier le comportement d’un prêtre ?
Une enquête à mener au cas par cas
Un rapport administratif, un témoignage royaliste et une biographie religieuse ne poursuivent pas le même objectif. Une accusation de soutien aux chouans doit être confrontée à d’autres documents.
Dans son étude publiée en 1911, E. Sevestre soulignait déjà les partis pris de certaines enquêtes préfectorales et la nécessité de les contrôler.
Il convient de distinguer les actes établis : refus du serment, célébration clandestine, hébergement, correspondance, accompagnement d’une compagnie ou participation directe aux opérations.
📚 Pour approfondir dans le Morbihan
Pour étudier une paroisse ou un ecclésiastique, les archives révolutionnaires permettent de rechercher les prestations de serment, les correspondances administratives, les mesures de surveillance et les procédures engagées contre les personnes.
Les documents doivent être replacés dans leur date et leur contexte : la situation de 1791 diffère de celle de la Terreur, du Directoire ou du Consulat.
Repère essentiel : dans le Morbihan, le refus majoritaire de la Constitution civile du clergé constitue un facteur important de la crise révolutionnaire. Il ne permet cependant pas d’attribuer à tous les prêtres la même responsabilité politique ou militaire dans la Chouannerie.
