🛁 La baignoire de Marat : preuves, contradictions et questions
De l’appartement parisien de Jean-Paul Marat au musée Grévin, une baignoire traverse les récits, les héritages et les controverses. Son passage par l’Île-d’Arz constitue une étape de cette histoire. Tous les éléments de son parcours ne reposent cependant pas sur des preuves de même nature.
Cette page confronte les documents, distingue les faits des affirmations rapportées et présente les recherches qui permettraient de préciser l’origine et la transmission de l’objet.
Principe de lecture : établir la présence d’une baignoire chez un propriétaire du XIXe siècle ne suffit pas à démontrer qu’il s’agit de celle utilisée par Marat en 1793.
📜 Les documents et leur portée
Identifier les sources et préciser ce que chacune permet réellement d’établir.
🔎 Trois histoires à distinguer
L’enquête porte sur trois questions liées : la baignoire utilisée par Marat en 1793, l’objet conservé au XIXe siècle et la baignoire acquise par le musée Grévin.
Une transmission documentée entre deux propriétaires ne résout pas nécessairement la question de l’origine révolutionnaire de l’objet.
Il faut donc examiner séparément ses caractéristiques matérielles, sa chaîne de possession et l’histoire de son attribution à Marat.
Question centrale : quel document relie la baignoire conservée au XIXe siècle à celle de juillet 1793 ?
⚖️ Comment évaluer une preuve ?
Un acte original, une lettre, un souvenir tardif et un article de presse ne renseignent pas de la même manière.
- Document contemporain : il rapporte ce qui est constaté ou déclaré à sa date.
- Témoignage rétrospectif : il restitue un souvenir, parfois longtemps après les faits.
- Tradition familiale : elle transmet un récit à confronter aux actes.
- Hypothèse : elle propose une explication qui reste à vérifier.
Plusieurs publications reprenant la même lettre ne constituent pas plusieurs témoignages indépendants.
🗡️ Juillet 1793 : revenir aux pièces
Marat est assassiné le 13 juillet 1793. Les documents rédigés au moment des faits doivent être examinés avant les récits ultérieurs.
L’inventaire du fonds Chèvremont signale des copies du procès-verbal de flagrant délit, de la constatation du décès et de pièces relatives à l’ouverture du corps et à l’embaumement.
Il donne un renvoi ancien aux Archives nationales, F7 3485. Cette référence doit être vérifiée dans les instruments de recherche actuels.
À rechercher : description de la baignoire, matière, accessoires et emplacement dans l’appartement.
Source : Inventaire Chèvremont, rubrique 645.a.54, pièce 8/9 .
🌫️ Les premières ruptures documentaires
Examiner l’inventaire, les années obscures et les contradictions chronologiques.
📋 L’inventaire sans baignoire ?
Dans Marat au musée Carnavalet, l’auteur signé A.-V. affirme qu’aucune baignoire ne figure dans l’inventaire du mobilier de Marat.
Il suggère une location auprès d’un fournisseur voisin. Il s’agit d’une possibilité avancée par le journaliste, et non d’un fait démontré.
Il faut retrouver l’inventaire invoqué et vérifier sa date, sa portée et son caractère complet. Un inventaire de papiers n’est pas un inventaire général du mobilier.
Limite : l’absence d’un objet dans un document ne prouve, à elle seule, ni son inexistence, ni sa location, ni sa destruction.
Document de travail : les coupures de l’article signées A.-V. Son identité et la référence complète du numéro restent à établir.
🧩 De 1793 à 1805
Une difficulté majeure se situe entre la mort de Marat et l’acquisition parisienne attribuée à la famille Capriol de Saint-Hilaire au début du XIXe siècle.
Les récits tardifs évoquent un marchand de ferraille et un achat vers 1805. Ces affirmations doivent être distinguées d’un reçu ou d’un témoignage contemporain identifiant précisément l’objet.
Conservation, déplacement, revente ou destruction : ces scénarios ne peuvent être réunis en un récit continu sans documents permettant de les départager.
Pièce décisive à rechercher : une mention datée de vente, de transport, de dépôt ou de propriété reliant les deux périodes.
👤 Adélaïde et les dates contradictoires
Les articles anciens donnent des indications variables sur Mlle Capriol de Saint-Hilaire : année de décès, âge et souvenirs de l’acquisition familiale.
Ces informations doivent être confrontées aux actes de naissance et de décès, sans modifier silencieusement les textes anciens.
Lorsqu’un auteur lui attribue le souvenir d’un achat vers 1805, sa date de naissance permet de vérifier la cohérence du récit.
Méthode : présenter l’affirmation, sa source, le document de contrôle et la conclusion.
Une erreur biographique fragilise un récit, mais ne démontre pas à elle seule que la baignoire est fausse.
🏝️ L’Île-d’Arz et la transmission
Distinguer les lieux de résidence, la présence de l’objet et les droits de propriété.
🏠 Une personne n’est pas un objet
Un acte de décès peut établir qu’Adélaïde résidait à l’Île-d’Arz et identifier la personne qui l’hébergeait.
Il ne permet pas automatiquement de localiser chaque meuble qu’elle possédait, ni d’affirmer que la baignoire se trouvait dans cette même maison.
Il convient de distinguer les domiciles d’Adélaïde, ceux de Joseph Rio et les lieux où l’objet est expressément mentionné.
À rechercher : inventaires, lettres, descriptions de greniers et documents de succession.
Une carte pourrait différencier résidence attestée, présence documentée de l’objet et localisation supposée.
📜 La succession de Joseph Rio
Propriétaire, dépositaire, exécuteur testamentaire et légataire universel remplissent des fonctions différentes.
Dans sa lettre publiée par Le Figaro, le curé explique avoir été l’exécuteur testamentaire de Joseph Rio.
Il rapporte ensuite que la nièce, légataire universelle, lui a permis de prendre la baignoire et d’autres objets.
Ce récit doit être confronté au testament, à l’inventaire après décès et aux pièces concernant un éventuel legs ou dépôt auprès de l’évêché.
Question : à quelle date et par quel acte la propriété de la baignoire a-t-elle changé ?
🤝 La portée de l’acte de cession
L’acte de cession du 8 juillet 1886, reproduit dans le dossier, présente le vendeur comme propriétaire et rappelle l’origine qu’il attribue à l’objet.
Ce document est essentiel pour étudier la vente à Grévin et les déclarations faites au moment de la transaction.
Il faut toutefois distinguer la réalité de la cession de la vérification des événements antérieurs rapportés dans l’acte.
Une déclaration de provenance ne remplace pas tous les documents de la chaîne de transmission.
À rechercher : original signé, reçu de paiement, correspondance et pièces annexées.
📰 Presse, descriptions et représentations
Comparer les arguments et les images sans confondre récit, observation et preuve.
🗞️ La controverse de 1885–1886
Les défenseurs de l’authenticité invoquent notamment la transmission familiale et la confiance accordée aux propriétaires successifs.
Les critiques réclament des pièces et discutent l’inventaire, la forme de la baignoire ou les conditions de sa réapparition.
Il faut préciser qui a vu l’objet, qui rapporte les paroles d’un tiers et qui reprend un texte précédent.
L’inventaire Chèvremont signale : Pierre Aubry, « La baignoire de Marat », La Petite République française, 4 août 1885. Ce texte reste à consulter.
🛁 Une fiche matérielle comparative
Une description technique permettrait de confronter l’objet actuel aux témoignages anciens.
- Métal et revêtement intérieur.
- Dimensions et forme générale.
- Siège fixe et couverture supérieure.
- Robinet et dispositifs de vidange.
- Fixations de la planchette.
- Soudures, réparations et inscriptions.
Les divergences peuvent résulter d’une observation imprécise, d’une transformation ou d’une confusion d’objets.
Limite : une fabrication compatible avec le XVIIIe siècle ne suffit pas à identifier son utilisateur.
🎨 Ce que les images peuvent montrer
Les représentations de Marat dans son bain et de ses funérailles constituent des documents à comparer.
Pour chaque œuvre, il faut identifier la date, l’auteur, le modèle éventuel et la relation avec l’événement.
Une peinture commémorative peut réunir plusieurs scènes ou transformer un accessoire pour la composition.
Éléments à comparer : baignoire ouverte ou couverte, profil des parois, siège, planchette et position du corps.
Une ressemblance apporte un indice. Elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve d’authenticité.
🏛️ L’acquisition et la conservation
Prolonger l’enquête après la vente et rechercher les conséquences locales de la transaction.
🕰️ À Grévin depuis 1886
Grévin situe en 1886 la reconstitution de la mort de Marat et indique avoir acquis la baignoire présentée dans cette scène.
Le dossier d’acquisition permettrait de connaître les preuves et témoignages réunis lors de l’achat.
Catalogues, photographies et cartes postales pourraient ensuite documenter les transformations du décor, des personnages et de la présentation.
À rechercher : numéro d’inventaire, correspondance, déplacements et restaurations.
Source : Historique du musée Grévin .
💰 Les 5 000 francs de la vente
Les récits mentionnent un prix de 5 000 francs et un emploi charitable ou scolaire du produit de la cession.
Il faut distinguer le prix convenu, le paiement reçu, l’intention annoncée et les dépenses effectivement réalisées.
L’affectation à une école de filles de Sarzeau pourrait être étudiée dans les comptes, les factures et les dossiers de travaux.
Question : quelle opération a été financée, à quelle date et pour quel montant ?
Cette recherche relierait l’histoire de la baignoire à celle des œuvres et de l’enseignement à Sarzeau.
📚 Le fonds Chèvremont
Le document publié par POLE NORD est un inventaire de recherche du fonds François Chèvremont conservé à la British Library.
Il signale des manuscrits, copies, lettres et coupures de presse. Il aide à localiser les pièces, mais ne remplace pas leur lecture.
Les rubriques 645.a.51 et 645.a.54 offrent des pistes sur la baignoire et sur la mort de Marat.
Une copie ancienne doit, lorsque cela est possible, être confrontée à son original.
Document : Consulter l’inventaire Chèvremont .
🧭 État de l’enquête et prochaines recherches
Préciser les conclusions possibles et les documents qui permettraient de progresser.
⚖️ Ce que l’on peut conclure
La baignoire conservée à Grévin possède une histoire de collection et une attribution ancienne à Jean-Paul Marat.
L’enquête doit distinguer cette attribution de la démonstration de son utilisation en juillet 1793.
Les liens familiaux, le passage par l’Île-d’Arz et les déclarations du vendeur constituent des éléments à confronter aux documents de succession et aux pièces matérielles.
La question reste ouverte : quelles preuves permettent de relier la baignoire acquise en 1886 à celle dans laquelle Marat fut assassiné ?
Les documents mentionnés comme « à rechercher » ou « à vérifier » ne sont pas présentés comme des pièces déjà consultées.
🔍 Les recherches prioritaires
- Retrouver l’inventaire invoqué dans Marat au musée Carnavalet.
- Comparer les descriptions contemporaines de 1793.
- Contrôler les dates et les identités des propriétaires dans les actes.
- Étudier la succession de Joseph Rio et le transfert au curé de Sarzeau.
- Examiner le dossier d’acquisition et la fiche technique de Grévin.
- Rechercher une preuve directe pour la période 1793–1805.
Chaque découverte peut préciser une étape sans résoudre immédiatement toute l’énigme.
🔗 Sources et documents de travail
Collection François Chèvremont : inventaire restructuré et annoté par les chercheurs de POLE NORD. Les références citées sont celles de cet inventaire ; leurs conditions actuelles de consultation restent à vérifier.
Inventaire des documents du fonds Chèvremont .
Presse ancienne : Le Figaro des 15 juillet 1885 et 18 août 1886 ; article de Pierre Aubry signalé au 4 août 1885 ; coupures de Marat au musée Carnavalet signées A.-V. La référence complète de ces dernières doit être contrôlée sur le bandeau du journal.
Musée Grévin : les pages du musée renseignent sur sa présentation de la baignoire et l’histoire de la reconstitution. Elles ne remplacent pas le dossier d’acquisition ni une expertise matérielle.
Présentation des collections historiques de Grévin .
Méthode de transcription : conserver les indications originales, signaler les contradictions et distinguer les citations des corrections ou commentaires de recherche.
