🛁 La baignoire attribuée à Marat : de Paris à l’Île-d’Arz
Un objet présenté comme la baignoire de Marat aurait séjourné à l’Île-d’Arz auprès de l’abbé Rio, avant de rejoindre Sarzeau puis le musée Grévin. Cette synthèse restitue le récit de G. Lenotre, en distinguant les témoignages, les hypothèses et les incertitudes.
Consulter l’ouvrage complet de G. Lenotre, Paris révolutionnaire, édition de 1895, sur Gallica
📖 Le document étudié
Cette synthèse s’appuie sur G. Lenotre, Paris révolutionnaire, publié à Paris chez Firmin-Didot en 1895, et plus particulièrement sur les parties intitulées « La baignoire de Marat » et « L’épilogue du drame ».
L’auteur utilise des correspondances, des articles de presse et des souvenirs publiés. Son récit adopte un ton littéraire et souvent partisan.
Les erreurs de reconnaissance de caractères ont été corrigées dans cette synthèse. Les contradictions historiques sont signalées sans être résolues arbitrairement.
Source : G. Lenotre, Paris révolutionnaire, Firmin-Didot, 1895.
🗡️ 1793 : l’origine attribuée
Le récit présente l’objet comme la baignoire dans laquelle Jean-Paul Marat se trouvait lorsqu’il fut assassiné par Charlotte Corday, le 13 juillet 1793.
La question centrale reste cependant celle de son identification : comment établir que la baignoire conservée au XIXe siècle est bien celle utilisée par Marat ?
Le document rapporte une tradition de provenance, mais ne fournit pas une chaîne de transmission continue depuis le jour de l’assassinat.
Source : G. Lenotre, « La baignoire de Marat », Paris révolutionnaire, 1895.
🛁 Vers 1805 : un achat parisien
Selon le récit repris par Le Figaro, le père de Mlle Capriol de Saint-Hilaire aurait acheté la baignoire vers 1805, chez un marchand de ferrailles de la rue d’Argenteuil, à Paris.
Sa fille aurait conservé le souvenir de cette acquisition et en aurait raconté les circonstances à plusieurs personnes.
Le parcours de l’objet entre 1793 et 1805 demeure inconnu. Aucun justificatif de cet achat n’est reproduit dans l’extrait étudié.
Source : récit du Figaro d’août 1886 reproduit par G. Lenotre ; jour non lisible dans la transcription fournie.
🏝️ Le séjour à l’Île-d’Arz
L’abbé Rio, frère de l’écrivain, aurait quitté le ministère dans le diocèse de Versailles en raison de ses infirmités, avant de se retirer à l’Île-d’Arz.
Mlle Capriol de Saint-Hilaire l’aurait accompagné avec son mobilier, dont la baignoire faisait partie.
Dans sa lettre du 9 juillet 1885, le curé de Sarzeau situe ce départ approximativement en 1858 ou 1860. Il précise lui-même ne pas être certain de la date.
Source : correspondance du curé de Sarzeau avec Henri d’Ideville, reproduite par G. Lenotre.
📜 De l’abbé Rio à Sarzeau
La demoiselle serait morte en 1862. La baignoire serait ensuite restée chez l’abbé Rio, dans un grenier.
Son confrère, alors installé à l’Île-aux-Moines, rapporte que Rio lui parlait régulièrement de cet objet et l’invitait à l’examiner, sans qu’il l’ait fait de son vivant.
L’abbé Rio aurait désigné ce confrère comme exécuteur testamentaire et institué sa nièce légataire universelle. Cette nièce aurait ensuite donné la baignoire au futur curé de Sarzeau, à sa demande.
Source : lettre du 18 juin 1885 reproduite dans Paris révolutionnaire.
✉️ Henri d’Ideville enquête
Après la publication de Vieilles maisons et jeunes souvenirs, Henri d’Ideville reçoit une lettre signée Yves Ropart.
Ce correspondant affirme avoir vu la baignoire au presbytère de Sarzeau, dans un hangar attenant à la basse-cour.
Plusieurs années plus tard, d’Ideville reprend ses recherches. Le curé lui répond par deux lettres datées des 18 juin et 9 juillet 1885, qui constituent les principaux témoignages reproduits sur le passage de l’objet en Bretagne.
Source : G. Lenotre, « La baignoire de Marat », Paris révolutionnaire, 1895.
🔎 La description de l’objet
La baignoire est décrite comme un récipient en cuivre, de couleur fauve presque noire, ayant la forme d’un sabot.
Presque entièrement fermée pour conserver la chaleur du bain, elle aurait été trop courte pour permettre à un homme de s’allonger commodément.
Le texte mentionne deux crochets susceptibles de recevoir un pupitre, un siège intérieur et un dispositif de chauffage placé sous celui-ci.
Ces caractéristiques décrivent l’objet observé au XIXe siècle ; elles ne suffisent pas à établir son appartenance à Marat.
Source : lettre d’Yves Ropart et description reproduites par G. Lenotre ; illustration « Baignoire de Marat », page 261.
📰 1885-1886 : la publicité
Le Figaro fait connaître l’histoire de la baignoire le 15 juillet 1885, puis en rapporte la suite en août 1886.
Cette publicité suscite des discussions sur son authenticité et attire des visiteurs à Sarzeau.
Le curé espère obtenir une somme importante pour financer des travaux et des œuvres paroissiales. Les premières offres restent toutefois inférieures à ses attentes.
Il refuse également la proposition d’un entrepreneur souhaitant exposer l’objet à travers la France et partager les recettes.
Source : articles du Figaro cités et reproduits dans Paris révolutionnaire.
🏛️ L’entrée au musée Grévin
Le curé finit par accepter l’offre du musée Grévin. Le récit fait état d’une somme de 3 000 francs, destinée à contribuer à la reconstruction d’une partie de l’école des filles de Sarzeau.
La baignoire prend place dans une scène représentant l’assassinat de Marat.
L’auteur critique un détail de cette reconstitution : selon sa lecture des témoignages, Charlotte Corday aurait quitté la salle de bains et gagné l’antichambre avant d’être maîtrisée par Laurent Bas.
Source : conclusion et note de « La baignoire de Marat », dans Paris révolutionnaire.
⚖️ Une authenticité à établir
L’auteur indique que la baignoire ne figurerait pas dans l’inventaire du mobilier de Marat établi après sa mort.
Il suppose qu’elle pouvait avoir été louée, reprise par son propriétaire, puis vendue à un ferrailleur. Cette explication demeure une hypothèse.
Les dépôts sur les parois sont interprétés comme des traces de bains médicinaux. L’éventuelle présence de sang est également supposée.
La bonne foi des détenteurs successifs ne remplace pas les preuves nécessaires pour identifier l’objet avec certitude.
Source : arguments et suppositions exposés par G. Lenotre dans « La baignoire de Marat ».
🧭 Le parcours rapporté
1793 : utilisation attribuée à Marat, sans transmission continue documentée dans l’extrait.
Vers 1805 : achat supposé par le père de Mlle Capriol de Saint-Hilaire, à Paris.
Vers 1858-1860 : départ présumé de la demoiselle pour l’Île-d’Arz, auprès de l’abbé Rio.
Après la mort de Rio : don rapporté par sa nièce à son exécuteur testamentaire.
1885-1886 : publicité dans la presse, puis vente rapportée au musée Grévin.
Source : chronologie reconstituée à partir du récit de Paris révolutionnaire.
❓ Les contradictions du récit
L’âge de la demoiselle : morte en 1862 à soixante-dix-huit ans, elle serait née vers 1784 et aurait eu environ vingt et un ans en 1805, et non quinze ans comme l’affirme un autre passage.
La transmission : la correspondance évoque un don par la nièce de Rio ; le résumé journalistique simplifie ce parcours en parlant d’un héritage provenant de la demoiselle.
Les dates : le départ pour l’île est approximatif et le jour de l’article d’août 1886 n’est pas lisible dans la transcription étudiée.
Source : comparaison interne des passages reproduits dans l’extrait de Paris révolutionnaire.
🤝 Simonne Évrard et les Marat
Dans « L’épilogue du drame », l’auteur revient sur Simonne Évrard, compagne de Marat, et sur la reconnaissance que lui témoignent ses proches.
Une déclaration familiale datée du 12 août 1793 la reconnaît comme une sœur et souligne les soins et les secours qu’elle a apportés à Marat.
Albertine Marat demeure auprès d’elle. Les deux femmes restent fidèles à sa mémoire malgré les changements de régime et le discrédit qui frappe progressivement son nom.
Source : « L’épilogue du drame » et déclaration familiale reproduite dans Paris révolutionnaire.
🕯️ Les dernières années
Selon le récit, Simonne vit d’une petite rente sur l’État, tandis qu’Albertine effectue de délicats travaux de bijouterie.
Après la mort de Simonne, en 1824, Albertine reçoit parfois des écrivains et des historiens venus recueillir ses souvenirs. Le texte évoque aussi la dispersion d’objets ayant appartenu à son frère.
Le 6 novembre 1841, Le Siècle annonce sa mort dans le dénuement.
L’extrait donne les numéros 33 et 52 de la rue de la Barillerie, sans expliquer cette variation.
Source : G. Lenotre, « L’épilogue du drame », Paris révolutionnaire, 1895.
💬 Le témoignage d’Esquiros
Alphonse Esquiros raconte une visite effectuée auprès d’Albertine Marat en 1832.
Il décrit un logement pauvre, difficile d’accès, et souligne la ressemblance physique de la sœur avec son frère.
Il présente Albertine comme une femme instruite, méfiante et profondément attachée aux convictions révolutionnaires de Marat.
Ce témoignage renseigne sur leur rencontre et sur le regard du visiteur. Ses impressions et ses jugements ne doivent pas être confondus avec des faits indépendamment vérifiés.
Source : récit d’Alphonse Esquiros reproduit dans Paris révolutionnaire.
📚 Portée du document et ouvrage complet
Pour l’histoire de l’Île-d’Arz, l’apport principal est le témoignage publié en 1885 sur le séjour de la baignoire auprès de l’abbé Rio, puis sur sa transmission à son confrère par l’intermédiaire de sa nièce.
La provenance depuis 1793, les dates approximatives et les récits familiaux demandent des vérifications complémentaires. Les jugements politiques de l’auteur doivent être distingués des informations documentaires.
Référence bibliographique : G. Lenotre, Paris révolutionnaire : ouvrage illustré de 60 dessins et plans inédits d’après des documents originaux, Paris, Firmin-Didot, 1895, XV–420 pages.
L’illustration intitulée « Baignoire de Marat » figure à la page imprimée 261.
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Cette page est une synthèse critique des passages étudiés ; elle ne constitue pas une expertise d’authenticité de la baignoire.
