đŸš© Le fanion ou guidon bleu et rouge des navires liĂ©s Ă  l’Île-d’Arz

Les portraits de navires constituent des documents sur les bateaux, leurs capitaines et les marques qu’ils arboraient. Le petit triangle bleu et rouge visible en tĂȘte de mĂąt peut ainsi fournir un indice sur le rattachement administratif du bĂątiment.

Le modĂšle triangulaire, bleu en haut et rouge en bas, est documentĂ© comme pavillon du secteur mĂ©ridional de l’arrondissement maritime de Lorient. L’identification de chaque fanion peint doit toutefois ĂȘtre confirmĂ©e par l’examen du tableau.

đŸš© Le modĂšle

Fanion triangulaire bleu et rouge de l’arrondissement de Lorient Restitution schĂ©matique du modĂšle VII de la planche 26 de l’album de 1858. Triangle attachĂ© Ă  gauche, bleu dans sa moitiĂ© supĂ©rieure et rouge dans sa moitiĂ© infĂ©rieure. Rapport de la hauteur Ă  la longueur : un Ă  deux.
Restitution schĂ©matique d’aprĂšs l’album de 1858, planche 26, figure VII. Les teintes sont indicatives ; ce dessin n’est pas la reproduction d’un tableau ildarais.

Forme : triangle à pointe unique, attaché au mùt par son cÎté vertical.

Couleurs : bleu au-dessus, rouge au-dessous, avec une séparation horizontale.

Proportions : l’album indique une hauteur au guindant Ă©gale Ă  la moitiĂ© de la longueur au battant.

Attribution : bĂątiments de commerce du troisiĂšme arrondissement, dans le secteur de Lorient Ă  la rive gauche de la Loire incluse.

📖 Pourquoi le nom « guidon » ?

Le mot guidon dĂ©rive de « guide ». L’AcadĂ©mie française le relĂšve dĂšs le XIVe siĂšcle avec le sens d’étendard.

Dans son emploi militaire ancien, il dĂ©signe l’étendard d’une compagnie et, par extension, l’officier qui le porte.

Le lien avec l’idĂ©e de guide s’éclaire par sa fonction de repĂšre visible, autour duquel un groupe peut se reconnaĂźtre et se rassembler.

⚓ Un mot passĂ© dans la marine

Par analogie avec l’étendard, le vocabulaire maritime a repris guidon pour une banderole plus courte que la flamme.

L’AcadĂ©mie cite les guidons de commandement et ceux des clubs nautiques. Leur signification dĂ©pend donc de l’usage considĂ©rĂ©.

La forme triangulaire n’est pas une dĂ©finition universelle du mot. Dans son sens hĂ©raldique, le guidon peut prĂ©senter une ou deux pointes.

đŸ·ïž Quel nom employer ici ?

Fanion est employé ici comme désignation courante du petit drapeau observé sur les tableaux.

Guidon appartient au vocabulaire des marques distinctives ; son emploi doit tenir compte de la terminologie de l’époque.

Pour identifier prĂ©cisĂ©ment le modĂšle bleu et rouge, la dĂ©nomination documentaire Ă  retenir est « pavillon d’arrondissement maritime de Lorient ». L’album de 1858 classe les deux modĂšles sous les pavillons d’arrondissement.

📜 Une origine rĂ©glementaire

Le systĂšme des pavillons d’arrondissement est Ă©tabli par le rĂšglement royal du 3 dĂ©cembre 1817, sous Louis XVIII.

Il permet de distinguer les navires de commerce selon le ressort maritime de leur inscription. Chaque arrondissement possÚde une combinaison de couleurs ; des dessins différents distinguent ses secteurs.

Cette origine administrative explique le modĂšle retrouvĂ©. Les documents consultĂ©s ne permettent pas de lui attribuer une crĂ©ation municipale propre Ă  l’Île-d’Arz.

📍 Lorient, le Golfe et l’Île-d’Arz

La notice de 1858 attribue le triangle bleu et rouge au secteur allant de Lorient Ă  la rive gauche de la Loire inclusivement.

Le golfe du Morbihan se situe dans cet espace littoral. Cette attribution constitue donc une explication cohĂ©rente pour des fanions de mĂȘme dessin reprĂ©sentĂ©s sur des navires liĂ©s Ă  l’Île-d’Arz.

« Arrondissement de Lorient » dĂ©signe ici un ressort administratif Ă©tendu. Cette indication ne signifie pas que le navire avait nĂ©cessairement Lorient pour port d’attache.

⚓ Son usage en mer

L’album de 1858 prescrit de hisser ces pavillons en tĂȘte de mĂąt, en complĂ©ment du pavillon national placĂ© Ă  la corne.

Cette obligation s’applique lorsque les bñtiments de commerce français sont en vue des cîtes de France ou lorsqu’ils rencontrent un autre bñtiment français à la mer.

Leur fonction est de rendre reconnaissable l’arrondissement maritime auquel appartient le navire. Sa prĂ©sence dans un portrait de bateau peut donc reprĂ©senter un Ă©quipement rĂ©glementaire de l’époque.

🎹 Pourquoi le bleu et le rouge ?

Le bleu et le rouge constituent le code distinctif de l’arrondissement de Lorient. La forme et la disposition des couleurs prĂ©cisent le secteur concernĂ©.

Dans le modĂšle VII, le bleu occupe la partie supĂ©rieure du triangle et le rouge la partie infĂ©rieure. Les autres arrondissements utilisent d’autres associations de couleurs.

Les sources consultĂ©es ne donnent pas d’explication symbolique du choix initial de ces deux couleurs. Il serait donc hasardeux d’y voir une rĂ©fĂ©rence dĂ©montrĂ©e Ă  la mer, au courage ou aux armoiries de l’üle.

📅 Les repùres chronologiques

1817 : Ă©tablissement du systĂšme rĂ©glementaire des pavillons d’arrondissement.

1858 : publication du modĂšle bleu et rouge dans l’album du DĂ©pĂŽt des cartes et plans de la Marine.

1929 : date de fin d’usage rĂ©glementaire donnĂ©e par Dominique Cureau. L’acte prĂ©cis d’abrogation n’a pas Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© dans cette recherche.

Ces repÚres concernent le dispositif national. Ils ne constituent pas une datation automatique des tableaux, qui peuvent représenter un navire ou un événement antérieur à leur exécution.

📚 RĂ©fĂ©rence chronologique :

Dominique Cureau : pĂ©riode 1817–1929

đŸłïž L’autre modĂšle de Lorient

Pavillon bleu–rouge–bleu du secteur de Quimper Ă  Lorient Restitution schĂ©matique du modĂšle IV de la planche 26 de l’album de 1858 : trois bandes horizontales bleu, rouge, bleu et une extrĂ©mitĂ© en queue d’aronde Ă  deux pointes.
Restitution schĂ©matique d’aprĂšs l’album de 1858, planche 26, figure IV. Les teintes sont indicatives.

La mĂȘme planche prĂ©sente un second pavillon aux couleurs de Lorient : le modĂšle IV.

Il comporte trois bandes horizontales bleu–rouge–bleu et une extrĂ©mitĂ© dĂ©coupĂ©e en deux pointes, dite en queue d’aronde.

La notice le réserve au secteur allant de Quimper à Lorient inclusivement. Il faut donc observer le nombre de bandes et la découpe du fanion pour distinguer les deux secteurs.

đŸ–Œïž Comment lire les tableaux ?

Pour confirmer une identification, relever le nom du navire, la date reprĂ©sentĂ©e, la forme du fanion, l’ordre des couleurs et sa position dans la mĂąture.

Un triangle bleu en haut et rouge en bas concorde avec le modÚle VII. Un dessin inversé, des lettres ou un emblÚme supplémentaire nécessitent une vérification distincte.

La naissance du capitaine Ă  l’Île-d’Arz ne suffit pas Ă  Ă©tablir le port d’inscription du bĂątiment. Les portraits doivent ĂȘtre rapprochĂ©s des rĂŽles d’équipage et des documents du navire.

🔎 Ce qui est Ă©tabli et ce qui reste ouvert

Établi : le triangle bleu et rouge existe dans une source officielle de 1858, avec une attribution gĂ©ographique et une fonction rĂ©glementaire explicites.

InterprĂ©tation proposĂ©e : il fournit une identification probable des fanions de mĂȘme forme observĂ©s dans les portraits de bateaux liĂ©s Ă  l’üle.

À confirmer : l’attribution de chaque reprĂ©sentation particuliĂšre et l’existence Ă©ventuelle d’une rĂ©utilisation locale ultĂ©rieure de ces couleurs.

Le modĂšle officiel retrouvĂ© ne dĂ©montre donc pas, Ă  lui seul, l’existence d’un ancien pavillon exclusivement rĂ©servĂ© aux marins de l’Île-d’Arz.

📚 Document de rĂ©fĂ©rence :

Consulter la notice et tĂ©lĂ©charger l’album de 1858