⚓ Typologie des navires du XVIIe au XXe siècle
Des embarcations du littoral aux grands voiliers et aux cargos : reconnaître les principaux types rencontrés dans l’histoire du cabotage et de la navigation marchande.
Ordre de lecture : héritages présents au XVIIe siècle, développement des gréements au XVIIIe, transformations du XIXe, puis motorisation au XXe. Au sein d’une même période, les types se chevauchent : cet ordre d’apparition et de diffusion reste approximatif.
Lire les profils : l’avant est à gauche. Les voiles carrées sont figurées déployées par convention pour rendre les gréements reconnaissables. Les dessins sont simplifiés, sans échelle commune, et ne reproduisent aucun navire particulier.
Pour les recherches sur l’Île d’Arz : ces cartes expliquent les termes des archives. Elles ne prouvent pas qu’un marin ou une famille de l’île ait possédé ou commandé chaque type présenté.
01 · La gabare
Origines antérieures au XVIIe siècle
Une famille de bateaux de charge
Le nom désigne surtout une fonction de transport. Il recouvre des bateaux fluviaux, portuaires ou maritimes, dont les formes et les gréements diffèrent.
Usages : transport de matériaux, de marchandises et transbordement. Le profil représente ici une petite gabare maritime à voile, parmi d’autres variantes.
À retenir : une mention « gabare » ne permet pas, à elle seule, de reconstituer les mâts ni la jauge.
02 · La chaloupe
Attestée au XVIe siècle ; toujours présente aux XVIIe–XXe siècles
Une embarcation polyvalente
Bateau de service ou de pêche, souvent non ponté, utilisant les avirons et parfois une ou plusieurs voiles. La chaloupe n’est pas un gréement unique.
Usages : pêche côtière, déplacement entre terre et navires, petits transports. Certaines chaloupes de travail sont de véritables unités professionnelles.
À retenir : le dessin présente une variante à une voile au tiers ; toutes les chaloupes n’ont pas cette voilure.
03 · Le grand voilier à trois mâts
Formes héritées du XVIe siècle, présentes au XVIIe
Le navire hauturier de l’époque moderne
Au XVIIe siècle, de nombreux grands voiliers portent des voiles carrées sur les deux mâts avant et une voile latine triangulaire à l’artimon. Leur gréement évolue ensuite.
Usages : grand commerce et traversées océaniques. Le dessin évoque une configuration ancienne, sans restituer un bâtiment particulier.
À retenir : le nombre de mâts ne suffit pas à définir le gréement. Dans le trois-mâts carré classique ultérieur, les trois mâts portent des voiles carrées.
04 · Le chasse-marée
Tradition des voiles au tiers étudiée aux XVIIe–XVIIIe siècles ; essor au XIXe
Un transporteur côtier à voiles au tiers
Dans le contexte breton, ce bâtiment de cabotage est généralement associé à une voilure au tiers sur deux ou trois mâts. Son nom ne décrit pas une configuration absolument uniforme.
Usages : transport côtier de denrées et de marchandises diverses. Son activité ne se limite pas au poisson.
À retenir : la tradition du bateau précède certaines attestations du mot : le TLFi relève le sens maritime en 1800. Ne pas confondre avec l’ancien voiturier terrestre du poisson.
05 · La goélette
XVIIIe siècle ; large diffusion au XIXe
Deux mâts ou davantage, à voiles longitudinales
Dans la forme classique à deux mâts, le mât arrière est au moins aussi haut que le mât avant. Les voiles auriques se développent dans le sens de la longueur du navire.
Usages : cabotage et pêche, selon les dimensions et l’armement du bâtiment. Certaines variantes portent aussi des huniers carrés.
À retenir : la goélette à hunier conserve des voiles auriques principales ; elle ne doit pas être automatiquement classée comme brick-goélette.
06 · Le brick
XVIIIe siècle ; très répandu au XIXe
Deux mâts, tous deux à voiles carrées
Le mât de misaine et le grand mât portent chacun un ensemble de voiles carrées. Une brigantine est habituellement établie derrière le grand mât.
Usages : commerce maritime, cabotage et voyages plus lointains. Le gréement convient au transport, mais demande davantage de manœuvres qu’une voilure entièrement longitudinale.
À retenir : le TLFi relève l’anglais « brig » en 1720 et des formes françaises dès 1781 : ce sont des repères lexicaux, pas des dates d’invention.
07 · Le cotre
XVIIIe siècle ; anglais « cutter » attesté en 1745
Un mât et plusieurs voiles d’avant
Le cotre classique associe une grand-voile aurique à plusieurs voiles d’avant. Le nombre de mâts permet de le distinguer immédiatement d’une goélette.
Usages : pêche, petit commerce côtier, surveillance et service maritime, suivant les versions.
À retenir : dans la distinction pédagogique actuelle, le sloop ne porte qu’une voile d’avant. Les usages historiques des appellations peuvent varier.
08 · Le lougre
Seconde moitié du XVIIIe siècle ; « lugger » attesté en 1757
Des voiles au tiers sur plusieurs mâts
Le lougre est caractérisé par ses voiles au tiers, suspendues à des vergues obliques qui dépassent le mât sur l’avant. Il comporte généralement deux ou trois mâts.
Usages : pêche, transport côtier et autres services maritimes. Les usages et les formes de coque diffèrent suivant les régions.
À retenir : lougre et chasse-marée se recoupent : le premier décrit principalement un gréement, le second une tradition de bâtiment de transport.
09 · Le brick-goélette
Fin du XVIIIe–XIXe siècle : diffusion des gréements mixtes
Carré à l’avant, aurique à l’arrière
Le mât de misaine porte un phare carré ; le grand mât porte une voilure longitudinale, généralement une grande voile à corne.
Usages : transport marchand et cabotage. Le navire associe une voilure avant carrée à un arrière plus simple à manœuvrer.
À retenir : les termes « brigantin » et « brick-goélette » peuvent se recouvrir selon les pays et les époques : relever la terminologie exacte du document.
10 · Le trois-mâts barque
Type de gréement ancien ; grand essor au XIXe et au début du XXe
Deux phares carrés et un artimon aurique
Le mât de misaine et le grand mât portent des voiles carrées. Le mât arrière, ou artimon, porte une voilure longitudinale.
Usages : transport océanique de vracs et de marchandises. Cette organisation réduit les besoins d’équipage par rapport au trois-mâts entièrement carré.
À retenir : dans « trois-mâts barque », le mot barque désigne un gréement précis. Il ne signifie pas une petite embarcation.
11 · Le navire à vapeur
Essais au XVIIIe siècle ; exploitation commerciale au début du XIXe
Une nouvelle propulsion, indépendante du vent
Une chaudière produit la vapeur qui entraîne une machine. Les premiers bâtiments utilisent notamment des roues à aubes ; l’hélice se diffuse ensuite.
Usages : lignes régulières, cabotage et transport océanique. De nombreux vapeurs conservent longtemps des mâts et des voiles auxiliaires.
À retenir : « vapeur » ne désigne ni une fonction commerciale ni une coque particulière. Un vapeur peut être cargo, paquebot ou remorqueur.
12 · Le remorqueur
Développement au XIXe siècle, avec la navigation à vapeur
Un navire conçu pour la traction
Il aide les autres bâtiments à manœuvrer, les remorque ou les assiste. Une coque compacte, des équipements de traction et une forte puissance caractérisent de nombreux remorqueurs.
Usages : service portuaire, remorquage côtier ou assistance au large, selon la catégorie. Les machines à vapeur sont progressivement relayées par les moteurs.
À retenir : le profil montre un remorqueur à vapeur ancien. Il ne représente pas les remorqueurs modernes de haute mer.
13 · Le clipper
Première moitié du XIXe siècle ; apogée au milieu du siècle
La vitesse comme priorité de conception
Le clipper se reconnaît surtout à une coque fine et à une voilure importante. Ce terme n’impose pas un nombre unique de mâts ni un gréement unique.
Usages : transport rapide de cargaisons et voyages océaniques. Le schéma représente ici un grand clipper à trois mâts carrés.
À retenir : tous les trois-mâts carrés ne sont pas des clippers ; tous les clippers n’ont pas la silhouette des grands voiliers du commerce du thé.
14 · Le trois-mâts goélette
Diffusion au XIXe siècle, parallèlement aux autres gréements mixtes
Un seul phare carré, sur le mât avant
Dans la configuration représentée, le mât de misaine porte des voiles carrées ; les deux mâts arrière portent des voiles longitudinales.
Usages : transport de marchandises au cabotage ou au large. Le gréement réduit la part des voiles carrées à manœuvrer.
À retenir : à comparer au trois-mâts barque : sur ce dernier, deux mâts sont gréés carré. Le profil permet de voir la différence immédiatement.
15 · Le cargo à moteur
Débuts autour de 1900 ; développement au XXe siècle
Le transport marchand à propulsion mécanique
Le moteur à combustion interne, notamment Diesel, entraîne l’hélice. Le navire n’a plus besoin de chaudière pour assurer sa propulsion principale.
Usages : cabotage et commerce océanique. Les cargos classiques possèdent souvent des mâts de charge pour embarquer et débarquer les marchandises.
À retenir : un mât de charge n’est pas un mât de voilure. « Cargo » désigne la fonction de transport ; « à moteur » précise la propulsion.
