🪶 La Chouannerie — Charles Le Goffic

Blancs contre Bleus, 1790-1800 : une histoire de l’insurrection dans l’Ouest, de ses origines à la pacification du début du Consulat.

Cette présentation suit le contenu des seize chapitres, précise l’intérêt de l’ouvrage pour le Morbihan et le Roc de Bignan, et distingue le récit de l’auteur des vérifications nécessaires à une recherche historique.

📖 La référence de l’ouvrage

Édition Hachette — 1930

Charles Le Goffic, La Chouannerie : Blancs contre Bleus, 1790-1800, Paris, Hachette, 1930.

La recension d’Henri Sée, publiée dès 1930, décrit un volume de 239 pages. Cette pagination concerne l’édition qu’il présente ; elle ne doit pas être appliquée aux rééditions.

Le livre propose une histoire d’ensemble de l’insurrection dans l’Ouest, organisée en seize chapitres.

✍️ Charles Le Goffic

Lannion, 1863 — 1932

Poète, romancier, critique et historien, Charles Le Goffic consacre une grande partie de son œuvre à la Bretagne.

Né à Lannion le 14 juillet 1863, il est élu à l’Académie française le 22 mai 1930 et reçu le 4 juin 1931. Il meurt le 12 février 1932.

Son livre sur la Chouannerie appartient à son œuvre historique : l’auteur écrit plus d’un siècle après les événements.

🧭 Une synthèse historique

Un récit destiné au grand public

Le Goffic rassemble des épisodes politiques, militaires et locaux pour expliquer la naissance, le fonctionnement et l’affaiblissement de la Chouannerie.

Il n’est pas un témoin des combats. Son travail repose sur des récits, des mémoires et des travaux antérieurs qu’il met en perspective dans une narration suivie.

Pour le lecteur, l’intérêt est de relier les événements dispersés et les différents territoires de l’insurrection.

🗺️ Le cadre du livre

1790-1800 — Bretagne, Maine, Anjou et Normandie

Le sous-titre annonce une décennie de conflits entre les Blancs, insurgés royalistes, et les Bleus, défenseurs de la République.

Le récit ne se limite pas au Morbihan. Il suit aussi la Haute-Bretagne, le Maine, l’Anjou et la Normandie, avec des retours sur la Vendée lorsque les opérations se croisent.

L’auteur décrit une implantation inégale : toutes les campagnes, tous les bourgs et tous les pays bretons ne se soulèvent pas ensemble.

🌱 Les origines du mouvement

Chapitre I — Des espoirs de 1789 aux ruptures

Le Goffic rappelle que les paysans bretons ne sont pas, dès l’origine, unanimement hostiles à la Révolution. Certains attendent la disparition de charges et de contraintes anciennes.

Il souligne ensuite la rupture religieuse, les difficultés économiques, les réquisitions et les levées d’hommes.

La révolte résulte, dans son analyse, d’un éloignement progressif entre une partie des campagnes et le pouvoir révolutionnaire. Sa lecture des mentalités rurales porte cependant la marque de son époque.

🕸️ La conjuration de La Rouërie

Chapitre II — Préparer un soulèvement

L’auteur retrace l’entreprise de La Rouërie et de l’Association bretonne : réseaux, commandements, contacts avec les princes et préparation clandestine.

Il raconte les poursuites et la mort du chef en janvier 1793, puis s’interroge sur la possibilité d’un soulèvement coordonné.

Le chapitre met en relation deux réalités : les projets organisés par les dirigeants royalistes et une résistance locale qui conserve ses propres rythmes et ses propres chefs.

⚔️ L’insurrection spontanée

Chapitre III — Les soulèvements de 1793

Les levées militaires provoquent des rassemblements et des attaques, mais la mobilisation reste très variable selon les secteurs.

Le Goffic insiste sur les chemins creux, les haies, les bois et les petites communautés rurales. Ces conditions favorisent les coups de main et la dispersion.

Il aide ainsi à comprendre pourquoi une opposition étendue ne forme pas automatiquement une armée unifiée, capable de tenir durablement les villes.

🔥 La Terreur et la guerre civile

Chapitre IV — « La Terreur rouge »

Le chapitre présente la répression révolutionnaire, les poursuites contre les suspects et les violences qui entretiennent les résistances.

L’auteur relie ces mesures à la persistance des groupes armés et au retour de combattants ayant suivi l’armée vendéenne.

Son vocabulaire est souvent très chargé. Pour une lecture historique, il faut distinguer les événements rapportés, leurs sources et les commentaires indignés qui accompagnent le récit.

🎖️ L’énigmatique Puisaye

Chapitre V — Un organisateur controversé

Le Goffic refuse de réduire Joseph de Puisaye à son échec final. Il lui reconnaît un rôle dans l’organisation, les liaisons et la recherche de soutiens britanniques.

Il décrit aussi ses ambitions, ses mises en scène et la fragilité de son autorité.

Ce portrait montre combien la Chouannerie dépend de chefs aux légitimités différentes : prestige local, expérience militaire, nomination princière ou capacité à obtenir des ressources.

🌙 La vie secrète de la Chouannerie

Chapitre VI — Communications et dissimulation

Le livre décrit les courriers, les mots de passe, les maisons de confiance, les caches et les noms de guerre.

Les liaisons avec la côte permettent de faire circuler des agents et des dépêches. La discrétion des combattants, souvent vêtus comme les paysans, facilite leur disparition après une opération.

La clandestinité constitue une organisation concrète, soutenue par les habitants et par une connaissance précise des lieux.

🕊️ La Mabilais et la reprise des combats

Chapitres VII et VIII — La paix fragile de 1795

Les conférences de la Mabilais montrent les tentatives d’accord entre les autorités républicaines et certains chefs insurgés.

Les objectifs divergent : les uns veulent une paix réelle, d’autres attendent des secours ou préparent une nouvelle mobilisation.

Le chapitre suivant raconte la rupture, la mort de Boishardy et des opérations dans plusieurs régions. Le Goffic y évoque aussi l’explosion de poudre qui blesse Guillemot à Drénidan, écrit « Dronidan » dans la transcription.

🌊 Quiberon, le tournant du livre

Chapitres IX à XI — Juin-juillet 1795

Trois chapitres suivent l’expédition de Quiberon : le débarquement, l’enfermement dans la presqu’île et la prise du fort Penthièvre.

L’auteur examine les relations difficiles entre émigrés et chouans, les désaccords entre Puisaye et d’Hervilly, puis l’action de Hoche.

L’épisode montre les limites du passage d’une guerre de coups de main à une opération régulière nécessitant unité de commandement, coordination et maîtrise du terrain.

🔴 L’odyssée de l’Armée rouge

Chapitre XII — Une expédition chouanne de 1795

Cette « Armée rouge » désigne des troupes chouannes équipées d’habits rouges dans le contexte de l’expédition de Quiberon.

Le Goffic revient sur leur marche dans l’intérieur, les changements de direction et le rôle de Cadoudal dans leur retour.

Il présente la crise d’autorité qui suit l’échec de Quiberon et la montée de Cadoudal au commandement des forces morbihannaises.

🤝 La deuxième pacification

Chapitre XIII — Combattre et négocier

Après Quiberon, la guerre continue dans plusieurs territoires. Le livre suit notamment Boisguy, Frotté, Cadoudal et les autres chefs encore en activité.

Hoche cherche à réduire l’insurrection et à obtenir la soumission des groupes armés.

Le récit souligne que les pacifications ne procèdent pas partout au même rythme : pression militaire, négociation et lassitude des populations s’entremêlent.

📜 Fructidor et la paix remise en cause

Chapitre XIV — Du calme aux nouvelles tensions

Le Goffic décrit le retour de nombreux combattants aux travaux des champs après la pacification de 1796.

Il distingue cette aspiration au calme de la persistance de réseaux, d’armes cachées et de bandes qui continuent à circuler.

Le chapitre examine ensuite les nouvelles tensions politiques et religieuses autour du coup d’État de Fructidor en 1797, dans un contexte favorable à la reprise des résistances.

📚 Source :

Chapitre XIV : Fructidor

🔥 La troisième Chouannerie

Chapitre XV — La reprise de 1799

Le récit montre les difficultés à relancer le mouvement : fatigue des campagnes, hésitations des princes, manque d’armes et désaccords sur le commandement.

Le Morbihan conserve une forte capacité de mobilisation. Le Goffic évoque les démarches de Cadoudal et les réunions des chefs.

Il insiste sur l’écart entre les décisions prises à distance et les attentes de ceux qui vivent dans les territoires insurgés.

🏛️ Bonaparte et la fin d’un cycle

Chapitre XVI — « L’homme de Brumaire »

Le dernier chapitre suit les négociations, les opérations de 1800, la soumission de Cadoudal et le sort de Frotté.

Le Goffic analyse la combinaison de la force militaire et des concessions politiques et religieuses qui isole progressivement les derniers chefs.

Son récit principal s’achève sur cette rupture. Il évoque ensuite brièvement des prolongements, sans développer l’histoire des soulèvements de 1815 et de 1832.

📍 Le Morbihan dans l’ouvrage

Bignan, Auray, Quiberon et les campagnes

Le département occupe une place majeure dans les opérations de 1795 et de 1799-1800, autour de Cadoudal, Guillemot, Mercier et Sol de Grisolles.

La côte sert aux débarquements et aux relations avec les soutiens britanniques ; l’intérieur fournit des refuges et des lieux de réunion.

Le livre éclaire ces relations, mais ne constitue pas un inventaire complet des faits survenus dans chaque commune morbihannaise.

🌿 Le Roc de Bignan

Un passage précis pour l’histoire locale

Au chapitre VI, Le Goffic cite le Roc de Bignan parmi les maisons de correspondance.

Il le présente comme une ferme isolée et dominante, tenue par la veuve Lohézic, surnommée la « mère des Chouans », avec huit serviteurs, hommes et femmes.

Au chapitre XV, il raconte aussi une réunion de chefs au Roc. L’identification des personnes et des bâtiments demande une enquête d’archives complémentaire.

👥 Les habitants derrière les combattants

Accueil, renseignement et ravitaillement

Les maisons de confiance, les guides et les personnes qui nourrissent ou hébergent les agents rendent possible la clandestinité.

Le récit mentionne aussi l’aide des femmes et des enfants. La guerre dépend donc de relations de voisinage et de solidarités locales, au-delà des seuls hommes armés.

Ces passages ouvrent des pistes d’histoire sociale, mais ne fournissent pas une liste complète des habitants impliqués.

📝 L’accueil d’Henri Sée en 1930

Une appréciation contemporaine du livre

Dans les Annales de Bretagne, Henri Sée présente le livre comme une synthèse destinée au grand public et bien informée.

Il apprécie la clarté de l’écriture, juge l’auteur impartial et souligne qu’il évite l’histoire romancée.

Il regrette cependant l’absence de références systématiques et de bibliographie. Cette réserve reste utile : un récit agréable à lire doit permettre de retrouver les documents qui fondent ses affirmations.

⚖️ Les limites de cette lecture

Un ouvrage de 1930 à confronter aux recherches

Le Goffic emploie des portraits appuyés, des oppositions entre villes et campagnes et parfois des généralisations sur les populations qui appartiennent au langage de son temps.

Il faut distinguer les faits documentés, les anecdotes transmises et les interprétations de l’auteur.

Dates, chiffres, paroles rapportées et accusations individuelles doivent être recoupés. Le livre constitue une entrée dans le sujet, à compléter par les archives et les travaux historiques postérieurs.

📚 Le Goffic et Julien Guillemot

Deux regards complémentaires

Julien Guillemot transmet des souvenirs familiaux, défend la mémoire de son père et raconte aussi ses propres engagements.

Charles Le Goffic construit une synthèse plus tardive, couvrant plusieurs régions et reliant les principales étapes de 1790 à 1800.

Leur confrontation aide à distinguer mémoire d’acteur et récit historique. Leur accord ne constitue toutefois pas toujours une confirmation indépendante : il faut vérifier si les auteurs reprennent les mêmes récits.

🔎 Lire, choisir une édition et citer

Texte intégral et références

Référence de l’édition ancienne : Charles Le Goffic, La Chouannerie : Blancs contre Bleus, 1790-1800, Paris, Hachette, 1930.

La BnF décrit une édition Tremen de 1998, avec texte établi, notes et index. Hachette-BnF propose également une reproduction de l’édition ancienne.

Pour une citation, précisez l’édition et sa pagination. La transcription en ligne permet une lecture par chapitre ; contrôlez les noms et les dates sur l’imprimé avant une transcription exacte.